Béziers. Ménard est fort des faiblesses politiques de ses opposants !


Danger : la focalisation sur les méfaits du facho qui escamote la réflexion critique et autocritique à gauche !

[A lire ci-dessous A notre avis : Persévérer dans l'erreur politique ou comment la gauche à la gauche du PS rassure Robert Ménard...]

 
Rétrospective. L'élection de Robert Ménard et la progression du Front national dans le Gard, sont les faits marquants de l'année politique. A Béziers provocations politiques et idéologiques se sont succédé. 
Qui aurait dit que le trotskiste soixante-huitard passé au PS de l’après congrès d’Epinay, deviendrait un jour l’homme politique vedette non seulement de la ville dont il est devenu le maire mais encore des médias en mal de bons clients polémistes ? Pas un de ceux qui aujourd’hui constatent le chemin parcouru depuis le 30 mars par Robert Ménard.

Un chemin politique. Elu grâce au FN et à un cartel de partis d’extrême droite, celui qui n’hésite pas à se proclamer l’ami de Jean-Marie Le Pen, a toujours insisté sur le fait qu’il n’était pas membre du parti bleu marine. C’est cependant sur l’idée qui a partout fait exploser le score du FN qu’il a fait son élection. Béziers sinistrée jusque dans son cœur de ville, dégoûtée d’une politique droitière en échec patent, a cru porter au pouvoir un homme neuf et différent. En tout cas 44% de ceux qui se sont déplacés pour voter ont aimé l’homme qui écrivait sur un blog alors confidentiel : « Les paraboles punaisent les façades d’immeubles occupés par des pauvres, des Maghrébins, des gitans. Les bourgeois ont fui. Les Biterrois ne reconnaissent plus leur ville. » Cliquer ici

A notre avis

Persévérer dans l'erreur politique... ou comment la gauche à la gauche du PS rassure Robert Ménard...

Utile pour faire le point de ce qu'est la mandature de Robert Ménard au bout de 10 mois, cet article (centré, contrairement à ce qu'il annonce, sur la seule ville de Béziers) n'en demeure pas moins problématique en ce qu'il n'aborde pas le point essentiel de ce qui a fait la victoire de l'extrême droite sur la ville. Si la mention que celle-ci est une ville socialement sinistrée (32% de pauvres, lire ici) aurait gagnée à être inscrite plus ouvertement au passif de ce que le libéralisme impose aux populations, à ses secteurs les plus démunis avant tout, c'est surtout étonnamment la question politique qui est sous-dimensionnée dans ces lignes: il ne suffit pas, selon nous, en effet, de pointer, au demeurant avec justesse, l'inacceptable d'une gestion municipale typique de l'extrême droite à laquelle Ménard ne déroge pas, pour dégager le volet contre-attaque cherchant à poser les jalons de la défaite de celui-ci. Et ce n'est pas, en guise de conclusion, l'affirmation lapidaire qu' "un seul de ses adversaires politiques a pris de l’envergure en 2014 car il l’affronte sans relâche, c’est Aimé Couquet (PCF)." qui sera de nature à inquiéter le poisson pilote du FN incrusté en mairie. 

Comprenons-nous bien : nous ne contesterons pas au PC de Béziers d'être en première ligne de la résistance à la droite et à l'extrême droite sur la ville. A ce titre, la persévérance et la vaillance d'une personnalité comme Aimé Couquet ne peuvent qu'être soulignées. Non, le problème est dans la stérilisation politique qui sanctionne le choix de son parti de rester prisonnier d'une anachronique "union de la gauche", véritable repoussoir auprès de secteurs populaires qui savent parfaitement que "là-dedans" il y a leur ennemi de classe "socialiste" ! Ce que nous écrivions en décembre 2012 sur l'inconséquence qu'avait signifiée l'intégration du PC biterrois dans un soutien électoral (législative partielle) de deuxième tour au PS... sous l'égide de l'alors père-fouettard de la place Beauvau, Manuel Valls, qui était "descendu" soutenir sa candidate, reste, à cette heure de la rétrospective 2014 pour Béziers, hélas totalement d'actualité :

Dans ce contexte on ne peut que trouver dérisoire le positionnement du reste de la gauche biterroise en vue du second tour en relevant d'emblée que, chacune de son côté, étant donné les tensions apparues dans le Front de gauche, ces orgnisations passent à côté de ce que signifie la venue de Valls dans la ville. Car le plus droitier des ministres signifie également ici, au moment où le désaveu de la politique menée par le gouvernement est cinglant, la faible importance que celui-ci accorde à ceux qui sur sa gauche voudraient le tirer, justement, à gauche. Il y a quasiment du mépris pour tous ces tortillements qui, au Front de Gauche, essaient de poser sa différence sans vraiment rompre avec les "camarades" du PS et sont renvoyés à une plate identification à celui-ci qui devrait en interroger plus d'une-e. 

Aimé Couquet, pour le PCF, a certes l'honnêteté de le reconnaître : "Que ce soit le Parti Socialiste ou le Front de gauche, nous payons les mesures gouvernementales. Nous avons bien ressenti sur les marchés que les gens considéraient qu'ayant appelé à voter socialistes aux présidentielles et aux législatives, nous étions responsables de la politique gouvernementale. Nous avons donc porté nous aussi le poids du mécontentement général". Mais cet aveu que le Front de gauche est incapable de s'extirper du rejet populaire que subit le gouvernement, même quand il est représenté par une candidature postulée plus "radicale" que d'habitude, est, au bout du compte, un coup d'épée politique dans l'eau : aucun retour critique de fond n'est esquissé remettant en cause l'orientation défendue du ni-ni (ni avec ni contre le gouvernement) que de plus en plus de gens ont compris à Béziers comme une fausse opposition aux mesures d'agression subies (rappelons que le Front de gauche perd la moitié de ses voix de juin !). La conclusion du communiqué du responsable communiste appelant ouvertement à voter pour la candidate...de Valls tout en soulignant que "[ses] appréciations sur les mesures gouvernementales n'ont pas changé" sont symptomatiques d'une impuissance réitérée à poser les jalons d'une alternative de gauche en rupture totale avec le PS ! D'une impuissance à faire des luttes le coeur de cette opposition radicale au gouvernement et à sa politique de droite qui prive la droite elle-même de sa substance et la mène, redoutable mécanique, à une implosion au profit d'une extrême droite qui attend son heure !

Texte complet en cliquant ici

Malgré l'optimisme de L'Hérault du jour sur l'envergure qu'aurait acquise Aimé Couquet, rien ne permet de dire qu'elle repose sur la réorientation politique d'un PC à Béziers qui fonctionne indéfectiblement à deux temps qui sont des contretemps : radicalité sociale antilibérale/subordination politique au social-libéralisme. Et comme les mêmes causes produisent les mêmes conséquences, Ménard peut estimer qu'il a de beaux jours devant lui. Hélas...

Antoine 

Sur la municipale de mars dernier à Béziers lire ici. Nous écrivions ceci : La liste fusionnée de gauche (PS+FdG) perd 1448 voix du total cumulé des deux listes du premier tour.  Elle ne mobilise que + 386 voix sur les 1834 que le Front de Gauche pouvait, par exemple, apporter. Il y a eu probablement du côté de ce dernier électorat une déperdition de voix chez ceux qui ne pouvaient accepter que l'on puisse barrer la route à Ménard en votant pour ceux (les socialistes) qui lui ouvrent la voie ! Il convient de rappeler que le Front de Gauche avait d'emblée déclaré qu'il fusionnerait au second tour avec le PS accréditant ainsi de fait, quelles qu'aient été les critiques contre la politique d'austérité gouvernementale, une proximité politique avec celui-ci propre à lui faire subir l'effet repoussoir que ce parti suscite dans l'électorat populaire. Autre chose aurait été d'appeler à faire barrage à Ménard par un vote "contre" qui en aucune façon ne pouvait s'expliciter en un vote "pour" le PS, à travers une liste fusionnée avec lui.  Au contraire même, l'appel à battre Ménard aurait dû être corrélé, dans une logique d'alternative politique radicale, à une dénonciation de la politique du PS et du gouvernement comme responsable de la poussée de l'extrême droite ! Sans certes aucune garantie de succès immédiat, ce positionnement aurait au moins posé les jalons pour une recomposition politique incontournable pour commencer à envisager sérieusement de contrecarrer l'extrême droite par le seul biais efficace, la rupture avec la politique de droite du PS et le refus de la moindre alliance avec lui. Le choix de la fusion avec le PS était, quant à lui, voué inéluctablement à l'échec !

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