Montpellier. Fachos, pas touche aux solidaires avec les migrants !

 
ATTAQUE RACISTE CONTRE L‘ASSOCIATION RAIH

A MONTPELLIER

 

25 juillet : à suivre

Montpellier : le président de la Ligue du Midi interpellé après le saccage de Raih 
L'association Raih (Réseau accueil insertion Hérault) avait été saccagée le 30 juin dernier par des militants de la Ligue du Midi dont les Roudier père et fils.

12 juillet

Saccage des locaux par la Ligue du Midi : "Ces actes, on ne les tolère pas" 

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  Vendredi 30 juin, l’association Réseau Accueil Insertion Hérault (RAIH) de Montpellier qui s’occupe de l’accueil des Mineurs Isolés Etrangers, a été victime d’une agression minable de la part d’une organisation d’extrême droite, la Ligue du Midi.


Les membres de ce groupe se sont introduits dans les locaux de RAIH qu’ils ont saccagés, se sont filmés à visage découvert et ont posté une vidéo sur le compte de leur groupuscule. Le texte complet de ce communiqué est à lire ci-dessous. Le NPA 34 est signataire de ce communiqué et de l'appel à manifester mardi. 

Photo : signes distinctifs du facho de la Figue du Mini : béret bas du front (national !), grande gueule braillarde, petite frappe souvent alcoolisée, à l'occasion poignardeur (dans le dos !) d'antifasciste et obsessionnel  anti-immigré ... Lire ci-dessous.

Ensemble contre l’extrême droite !

Rassemblement de soutien 

 Mardi 11 juillet de 12h à 14h30 devant la Préfecture de Montpellier

Abasourdis, les salariés présents de l'association s'inquiètent des menaces proférées par leurs agresseurs qui projettent de revenir pour «
continuer le travail si les subventions demandées au conseil
départemental étaient votées... ».

Les responsables de l’association ont immédiatement déposé plainte. Une procédure soutenue par la Préfecture et la PJJ a été lancée et un communiqué a été envoyé à la presse.

Cette ignoble agression met par ailleurs en lumière l’extrême fragilité budgétaire de cette structure associative soumise aux
subventions du Conseil Départemental.

Nous, militants du Syndicat National des Personnels de l’Education
et du Social/PJJ/FSU, du Syndicat des Avocats de France, du Syndicat de la Magistrature, Ligue des Droits de l’Homme 34, LDH Montpellier, Solidaires34, Ensemble34, FSU Territoriale (SNUTER),
FSU des Personnels du Conseil départemental 34, La Cimade,
sommes fermement décidés à poursuivre la lutte contre l’extrême droite et tenons à dénoncer cette agression fasciste.

Nous exprimons toute notre solidarité aux salariés de RAIH.

La Ligue du Midi promulgue une idéologie nauséabonde (défense des français « de souche » contre les « faux mineurs sans papiers » (sic)) que nous ne devons pas banaliser.

Elle franchit un cap en passant à l’acte contre une association prenant en charge les plus démunis des enfants de notre territoire qui, présents dans les locaux, peuvent désormais craindre pour leur sécurité.

Nous appelons les professionnels de la PJJ à exprimer leur soutien
à l’association en envoyant des messages à raih2@wanadoo.fr

Ensemble contre l’extrême droite !
Rassemblement de soutien
Mardi 11 juillet de 12h à 14h30 devant la Préfecture de Montpellier 


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Chez les Roudier de la Ligue du Midi...

...demandez le père...


Il exhibe ses rictus de haine en s'en prenant à ceux et celles qui sont solidaires des populations parmi les plus en difficulté comme les migrants de Montpellier ! Il n'hésite pas à adopter la pose grotesque du tribun réac de pacotille, monté sur une table, pour haranguer ses quatre ou cinq larbins saccageant le local du RAIH montpelliérains. Pitoyable guignol sénile, il s'agite pour ajouter sa gouttelette d'eau aux flots racistes déversés depuis des années par le FN. 

... demandez fiston n° 1 ...


 Il se fait gauler en plein délire raciste dans une fête votive... Pour sa défense penaud-le facho-petite-frappe a déclaré au tribunal qu'il faisait repentance et que ce n'était pas sa faute si l'alcool lui avait ravagé le cerveau...(lire ici)

... demandez fiston n° 2...


Il poignarde dans le dos un antifa nîmois et, confirmant que l'alcool chez lui aussi a probablement fait des dégâts, il pense qu'en coupant sa barbe, il sèmera les pandores qui le recherchent ! (lire ici)

Conclusion

La Ligue du Midi est une petite entreprise familiale du facho-racisme, dont on comprend, au vu de ce qui précède, qu'ayant du mal à se reproduire identitairement et le (petit) gros de la tribu n'étant décidément pas présentable, elle s'en trouve réduite à pousser en avant le vieux de service dont le syndrome mussolinien fait encore de la résistance à Alzheimer. A surveiller cependant: ses coups de sang, assez dérisoires sur un créneau politique monopolisé par le FN et les identitaires qu'il couvre en son sein, exposent les migrant-es et leurs soutiens à de graves agressions. Une riposte bien ciblée et dosée pour ne pas lui accorder plus d'importance qu'elle n'a, pourrait renvoyer ses bras cassés à leur caverne des perclus du racisme. Et permettre de s'atteler au vrai danger : un FN, certes déstabilisé par son mauvais score des dernières élections, mais dont la grosse progression en voix nous avertit que ses idées s'enracinent et gagnent du terrain.

Les migrant-es, tu les accueilles, sinon dégage !


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ATTAQUE RACISTE CONTRE L'ASSOCIATION RAIH A MONTPELLIER


 Vendredi 30 juin, l'association Réseau Accueil Insertion Hérault (RAIH) de Montpellier qui s'occupe de l'accueil des Mineurs Isolés Etrangers, a été victime d'une agression minable de la part d'une organisation d'extrême droite, la Ligue du Midi.

Les membres de ce groupe se sont introduits dans les locaux de RAIH qu'ils ont saccagés, se sont filmés à visage découvert et ont posté une vidéo sur le compte de leur groupuscule. Abasourdis, les salariés présents de l'association s'inquiétent des menaces proferées par leurs agresseurs qui projettent de revenir pour "continuer le travail si les subventions demandées au conseil départemental étaient votées...".

Les responsables de l'association ont immédiatement déposé plainte. Une procédure soutenue par la Préfecture et la PJJ a été lancée et un communiqué a été envoyé à la presse.

Cette ignoble agression met par ailleurs en lumière l'extrême fragilité budgétaire de cette structure associative soumise aux subventions du Conseil Départemental.

Nous, militants du SNPES-PJJ/FSU, du SAF, du SM, de l'Avocat et
l'enfant... sommes fermement décidés à poursuivre la lutte contre l'extrême droite et tenons à dénoncer cette agression fasciste. Nous exprimons toute notre solidarité aux salariés de RAIH.

La ligue du Midi promulgue une idéologie nauséabonde (défense des français"de souche" contre les "faux mineurs sans papiers" (sic)) que nous ne devons pas banaliser. Elle franchit un cap en passant à l'acte contre une association prenant en charge les plus démunis des enfants de notre territoire qui, présents dans les locaux, peuvent désormais craindre pour leur sécurité.

Nous appelons les professionnels de la PJJ à exprimer leur soutien à l'association en envoyant des messages à raih2@wanadoo.fr

ENSEMBLE CONTRE L'EXTREME DROITE!!

A lire aussi

Communiqué de presse suite au saccage du local de l'association RAIH perpétré par un groupe ce qualifiant "d'identitaire" le vendredi 29 juin à 10 heure. 

L'association RAIH a été créée à Montpellier au début des années 2000 par des travailleurs sociaux qui, travaillant dans des foyers d'accueil pour enfants en danger, se trouvaient confrontés à un nouveau public, des enfants et adolescents venant de pays étrangers, sans famille et livrés à eux même, les Mineurs Isolés Etrangers. L'objet de l'association est de « concourir à la protection et à la pris en charge des Mineurs Isolés Etrangers, présents sur le territoire français sans référent familial civilement responsable et ainsi exposés à un danger grave... ».

 Ses actions s'inscrivent pleinement dans le cadre éducatif et dans le droit qui régit la protection de l'enfance en danger. 

L'essentiel de son activité relève d'une délégation de mission de service public du Conseil départemental en matière d'évaluation sociale de la situation des jeunes qui se présentent dans le département de l'Hérault, action encadrée par le Code de l'Action Sociale et de la Famille et plus largement par la convention internationale des droits de l'enfant, ratifiée par la France. 

Ainsi, malgré le grand respect qu'elle a pour eux, l'association RAIH n'est pas inscrite dans des collectifs et réseaux militants, elle agit dans le cadre du droit et se permet parfois de le rappeler lorsqu'il est malmené. 

Depuis 2002, l'association RAIH, a rencontré, accueilli et accompagné plusieurs centaines de ces jeunes qui aujourd'hui représentent 22 nationalités.

Ces jeunes sont de différentes confessions (chrétiens, hindouistes, Musulmans, Sikhs, ) d'autres sont athés. De ce fait l'association, dont les salariés sont des éducateurs spécialisés et assistants sociaux a toujours affiché une totale neutralité sur ce point, et adopté des valeurs laïques de respect et de tolérance. 

Aussi, le passage à sac du local de l'association, au delà de la lâcheté de ses protagonistes face à deux salariées et une bénévole remarquables par leur sang froid mérite plusieurs remarques:
  • L'association RAIH tente d'oeuvrer pour que les jeunes Mineurs Isolés puissent dans un premier temps être protégés, comme tout mineur en danger et par la suite s'intégrer dans notre société. Les lois ne tolèrent aucune discrimination sur ces aspects là et nous continuerons à être particulièrement attentifs à ces principes.
  • Le groupuscule qui a saccagé le local de l'association affiche de façon « assumée »son racisme et l'idéologie politique qui la sous-tend en filmant et diffusant avec fierté sur les réseaux sociaux son action pitoyable.
    En quoi cela concerne t'il une association a-politique, qui ne défend d'autres valeurs que celles de l'éducation et de l'égalité de traitement pour les enfants en danger? La tentative d'instrumentalisation de nos actions par ce groupuscule pour se donner une tribune politique nous paraît totalement décalée, les confrontations politiques devraient selon nous se faire dans des assemblées démocratiques, nous ne nous situons pas là.

Les vitupérations du meneur de ce groupe relèvent du délire concernant les aspects financiers de l'association. L'association est régie par une convention collective nationale qui fixe le montant des salaires, ses comptes annuels sont publiés après audit d'un commissaire aux comptes. Tout un chacun est à même d'accéder à ces données afin de mesurer les niveaux de désinformation et de diffamation qui sont deux des grands piliers des groupuscules de ce type. 

Bien sur, l'association a déjà saisi les autorités judiciaires afin que la violence, l'incitation à la haine et le déni de démocratie affichés par un groupe et des individus déjà connus pour de telles exactions puissent être condamnées. 

Nous tenons à remercier l'ensemble des personnes, associations, syndicats, institutions publiques qui par différents média nous assurent de leur soutien et qui partagent avec l'association l'indignation que suscite des agissements antidémocratiques, racistes et pitoyables. 

Pour la Présidente, le conseil d'administration, les salariés et bénévoles de l'association RAIH 

Daniel MARTIN Directeur 
 
Et aussi

La solidarité de terrain menée par Migrants Bienvenus 34

« Ni dublinéEs, ni expusléEs : solidarité avec les réfugiéEs ! » scandait une cinquantaine de personnes devant la préfecture mercredi 05 juillet à 17h.
 


 Ils.elles étaient réuniEs à l’appel du Collectif migrants bienvenus 34 (CMB34) qui avaient initié ce rassemblement en soutien à la délégation reçue par la préfecture ce jour-là. L’objectif était de reprendre avec eux le dossier des 20 personnes accompagnées par le collectif et qui demeurent sous le coup d'une procédure “Dublin” (expulsion vers un autre pays de l'UE), de rappeler l’État à ses engagement (promesse de non-expulsion pour les Afghans venant de Grande-Synthe) et obligations (respect de la continuité des soins médicaux entamés par les personnes migrantes). Rappelons, entre autres, que la France s’acharne à vouloir renvoyer ces migrants en Italie pendant que cette dernière menace de fermer ses frontières et ses ports (Le Monde, 01 et 02 juillet 2017). Quand l’absurdité rejoint l’inhumanité… 

Ce rassemblement avait lieu dans un contexte local particulier : quelques jours plus tôt, le local du Réseau Accueil Insertion Hérault (RAIH) qui vient en aide aux mineurs étrangers isolés) était saccagé, en plein jour et à visages découverts par les fascistes de la Ligue du Midi avec Richard Roudier en maître d’œuvre de l’opération. Comment s’étonner d’un tel sentiment d’impunité quand par ailleurs l’État arrête les demandeurs d’asile directement en préfecture (cas de Souleyman B. à Montpellier), criminalise la solidarité (Béatrice Huret, Cédric Herrou et bien d’autres), dénonce « l’appel d’air » que produirait un accueil digne (propos du ministre de l’intérieur Gérard Collomb), organise la rafle de plus de 2700 migrantEs porte de la Chapelle à Paris et que les plaintes déposées contre Roudier et consorts ne sont pas suivi d’effets ? Nous avons, lors du rassemblement, réaffirmé notre solidarité avec le RAIH. 

Les présent-es se sont dispersé-es après avoir écouté le compte-rendu de la délégation (une fin de de non-recevoir de la part de la préfecture) et fait voler à travers les grilles de la préfecture de symboliques avions de papiers.

Le CMB 34 organise une veille pendant l’été pour faire face à toute situation d’urgence.

Montpellier. Migrant-es: bienvenue !  


Et encore


La République sera humaine ou ne marchera pas.

Monsieur le Président de la République,

Si je m’adresse à vous aujourd’hui par le biais de cette lettre ouverte, c’est parce qu’en tant qu’élu de la République – au même titre que vous - je vous ai demandé un rendez-vous, à vous-même, à votre 1er ministre et à votre ministre de l’intérieur voilà déjà plusieurs semaines. Or, malgré l’urgence humanitaire à laquelle je dois à nouveau faire face dans ma commune, vous refusez de prendre en considération l’urgence extrême de ma sollicitation.

Je décide donc, aujourd’hui, de prendre la France à témoin de mon interpellation.

Pour mémoire : le 10 avril 2017, le lieu d’accueil humanitaire de Grande-Synthe brûlait. C’était hier. C’était il y a trois mois. C’était il y a une éternité. Ce lieu d’accueil a permis, pendant plus d’un an d’existence, de mettre à l’abri des milliers de personnes, hommes, femmes, enfants, essentiellement kurdes, puis afghans, venus d’horizons divers, souvent de zones de guerres ou en prise au terrorisme.

Si j’ai décidé, seul, de construire ce lieu d’accueil humanitaire en décembre 2015 avec l’aide de MSF, c’est parce que tout comme aujourd’hui, je n’obtenais aucune réponse du gouvernement de l’époque à mes interpellations face à un véritable drame humanitaire qui se jouait sur ma commune. Des centaines, puis de milliers de personnes venaient trouver refuge sur le sol de ma petite ville de 23 000 habitants. Quel choix s’offrait à moi, en tant que garant des valeurs de la république française ? Dans mon monde, Monsieur le Président, celui que je m’échine à construire, les mots Liberté, Egalité, Fraternité ne sont pas des anagrammes hasardeux piochés à l’aveugle dans une pochette usagée d’un vulgaire jeu de société.

Est-ce que les mêmes causes devront produire les mêmes effets cet été 2017 ? Notre lieu d’accueil, communément appelé La Linière, a permis pendant des mois d’être un lieu de premier secours humanitaire, offrant ce temps de répit et de récupération à toutes celles et ceux qui avaient tant risqué et déjà tant perdu pour arriver jusqu’à Grande-Synthe - à défaut de pouvoir passer en Angleterre par Calais - . La Linière n’était pas « un point de fixation » Monsieur le Président, mais bien un point d’étape. Un lieu de transit sur la route de la migration qui pousse ces milliers de personnes vers l’Angleterre.

Il n’a créé aucun « appel d’air » contrairement à ce qu’affirme votre ministre de l’intérieur, puisqu’ils étaient déjà 2 500 sur ma ville avant que je décide de la construction du site ! Il y avait, jusqu’en octobre 2016, près de 6 000 réfugiés à Calais alors que rien n’avait été conçu pour les accueillir. Ils étaient plus de 3 000 à Paris avant qu’Anne Hidalgo ne décide courageusement de créer un lieu d’accueil à La Chapelle et à Ivry. Ils sont aujourd’hui, comme hier, plus de 100 à Steenvoorde, dans le nord, alors que rien n’existe pour eux.

Évoquer l’appel d’air n’est que prétexte à l’immobilisme ! Un immobilisme ravageur sur le plan humain. Un immobilisme mortifère. Un immobilisme indigne de la France, patrie dite des « Droits de l’Homme et du Citoyen ». Un immobilisme contraire à vos récentes déclarations à Bruxelles et à Versailles.

De mars à août 2016, nous avons avec l’aide de l’état, du travail extraordinaire d’associations dévouées, des non moins remarquables ONG - Médecins Sans Frontières, Médecins du Monde, la Croix Rouge Française, Gynécologie Sans Frontières, Dentistes Sans Frontières - et des services de la ville, ramené le camp à une jauge « raisonnable» puisque la population sur le site est passée de 1 350 personnes à 700.

C’est le démantèlement de la Jungle de Calais qui est venu bousculer notre lieu d’accueil humanitaire et conduit à la fin que nous connaissons. Je reçois aujourd’hui de nombreux témoignages, y compris de personnes antérieurement hostiles au camp, qui m’interpellent sur son rôle et son utilité pour tous ; les réfugiés évidemment, mais aussi les associations et à mots couverts les divers services de l’Etat qui voyaient dans ce camp un outil pour canaliser la pression et éviter ce que nous connaissons depuis sa disparition : l’étalement et l’éparpillement des migrants sur tout le littoral dans des conditions de vie indignes.

Expliquez-moi, Monsieur le Président, comment aujourd’hui peut-on prétendre contrôler quoi que ce soit, prévoir quoi que ce soit alors que ne prévaut qu’une politique de fermeté et d’intransigeance contre les réfugiés, secondée d’un mépris total envers les associations ?

Comment aujourd’hui pourrait-on se contenter de «disperser et ventiler» les réfugiés pour les condamner à errer sans but comme s’ils étaient par nature invisibles ?

Ces migrants, ces réfugiés ont tous une identité et une vie, Monsieur le Président. Ils cherchent à Paris, Grande-Synthe, Calais, Steenvoorde ou ailleurs, un refuge. Ne le voyez vous pas ? Ou peut-être ne le comprenez-vous pas ?

En les traquant comme des animaux, nous les transformons inévitablement en bêtes humaines. On les traque de la sorte en espérant - peut-être ? - qu’ils craquent et commettent des méfaits qui justifieraient l’emploi de la force et les évacuations musclées. Vous pourrez alors, en bout de course, l’affirmer avec pédagogie – démagogie ?- « On vous l’avait bien dit ! » Nous serions ainsi condamnés à l’impuissance et au cynisme en évitant de construire des lieux d’accueil humanitaires parce qu’ils provoqueraient « un appel d’air inévitable » ? Nous devrions choisir l’aveuglement, changer le prisme de notre conscience objective pour ne simplement plus voir ceux qui reconstituent des campements aujourd’hui, et demain, c’est certain, des jungles ?

Préfère-t-on les « jungles » à des lieux d’accueil humanitaires dans notre République française du 21ème siècle ? Préfère-t-on nier les problèmes et s’en remettre à des recettes qui ont déjà toutes échouées ? Préfère-t-on réellement bloquer ces migrants en Libye, où la plupart d’entre eux se font violer ou torturer, loin de nos frontières et de nos yeux bien clos ?

Monsieur le Président, vous avez déclaré récemment à Bruxelles : « la France doit se montrer digne d’être la patrie des Droits de l’Homme en devenant un modèle d’hospitalité ». Au même moment, votre ministre de l’intérieur fustigeait les associations à Calais en leur demandant « d’aller faire voir leur savoir-faire ailleurs ! ». Ces discours étrangement contradictoires ne peuvent perdurer. Mettez vos déclarations en actes ! Le gouvernement a choisi délibérément de tracer une frontière invisible, une ligne de démarcation organisant d’un côté la prise en charge des réfugiés via les Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO) et laissant à l’abandon de l’autre côté, sur le littoral des Hauts de France, à la fois les migrants et les collectivités. C’est, je vous l’écris Monsieur le Président, honteux et inacceptable ! J’ai croisé sur le lieu humanitaire de la Linière, bien des destins ; des destins meurtris, blessés mais toujours dignes.

D’aucuns diront peut-être que ma vision est « angélique ». Je sais mieux que quiconque que La Linière était loin d’être parfaite. Mais notre lieu d’accueil était à l’époque la seule et indispensable réponse à l’urgence. J’ai toujours soutenu depuis leur création la constitution de centres d’accueil et d’orientation et j’ai défendu les mérites de ces dispositifs dans tous mes déplacements ainsi qu’auprès de mes collègues maires. Nombre d’entres eux témoignent d’ailleurs de la richesse qui en découle. Lorsqu’ils en ouvrent sur leur commune, tout se passe merveilleusement bien, avec les réfugiés, comme avec la population locale. En dépit quelquefois de manifestations préalables à l’annonce de l’ouverture des CAO.

Il faut les multiplier, les renforcer, asseoir davantage les fonctions d’accueil et d’orientation avec l’aide des associations, des citoyens locaux, plutôt que de s’en servir comme de lieux permettant d’y repousser les réfugiés.

Je souhaite que nous construisions une répartition territoriale du dispositif national d’accueil dans lequel le littoral Côte d’Opale devra aussi prendre sa part. Nous pourrons y créer des lieux d’accueil et de transit dans lesquels, celles et ceux qui arrivent sur le littoral, comme c’est le cas à Paris, se poseront quelques jours et réfléchiront à la suite de leur parcours. Car tant que l’Angleterre sera là, à portée de vue des falaises, des réfugiés voudront s’y rendre. - Et à cela, vous ne pourrez rien changer -.

Grande-Synthe est prête à accueillir dignement, à la hauteur d’un lieu dimensionné et respectueux des lois et des personnes y séjournant. Nous avons ici ou à Paris démontré que cela était possible, à la condition que l’Etat nous accompagne.

Il faudra que vous persuadiez d’autres maires d’accepter d’ouvrir des lieux, en les accompagnant financièrement au titre d’une «péréquation humanitaire ». Quelle magnifique mesure ce serait là ! Une mesure chargée de symbole !

Il faudra aussi, Monsieur le Président, réformer le droit d’asile, rendre plus rapide l’examen des demandes et élargir la notion de protections, alors que les procédures sont aujourd’hui décourageantes et malsaines.

Enfin parce que cela est une exigence absolue, nous devons tout faire pour lutter contre les réseaux de passeurs, comme je l’ai fait à Grande-Synthe. Je réaffirme au passage, que ce ne sont pas les lieux d’accueil qui favorisent les réseaux de passeurs, mais bel et bien les frontières, les murs, les barbelés et les garde-frontières que l’on multiplie qui donnent naissance à ces réseaux mafieux. Depuis toujours. Il faudra donc, au-delà des réponses répressives de la police et de la justice, assécher ce trafic intarissable en créant des corridors humanitaires entre l’Europe et les pays de départ, aux frontières de ces pays, et accorder beaucoup plus de visas humanitaires. Visas qu’il faudra rendre européens.

Monsieur le Président, il fut un temps où la France a tristement organisé 54 000 traversées de l’Atlantique pour transporter 13 millions d’esclaves. Il est venu l’heure de laver cet affront historique aux yeux du monde, en organisant un accueil avec le minimum d’hospitalité et de dignité qu’exige la vie de tout être humain. A fortiori dans ce beau pays qui nous/vous a été confié, où constitutionnellement «Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».

Vous allez sortir un nouveau texte fixant de «nouvelles» directives, élaborer un «nouveau» plan. Un de plus. La liste est pourtant tristement longue. Le problème, Monsieur le Président, c’est qu’aujourd’hui, la France est sur-administrée par des textes, et bien trop sous-administrée en moyens.

Il faut poser des actes. Des actes audacieux. Des actes courageux.

Dans l’espoir sincère que vous aurez le courage d’entendre ce que je tâche de vous écrire dans cette longue lettre et dans l’attente impatiente de vous lire,

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mon profond respect. Damien CAREME

Maire de Grande-Synthe

Ce texte de Damien Carême dit de belles choses très justes. Il fait cependant des affirmations avec lesquelles nous ne sommes pas d'accord. Vraiment pas d'accord du tout...

"...avant qu’Anne Hidalgo ne décide courageusement de créer un lieu d’accueil à La Chapelle et à Ivry"

Damien Carême gratifie Anne Hidalgo d'avoir une politique d'accueil courageuse. Qu'il nous soit permis d'être en désaccord avec une telle vision des choses.  Voilà ce qu'au NPA nous observons en ce moment : "Vendredi, plus de 2700 migrantEs et réfugiéEs ont été rafléEs porte de la Chapelle à Paris aux alentours du centre « d’accueil » surpeuplé ouvert par Hidalgo il y a un an. NasséEs par groupes d'une centaine, jetéEs prestement dans des cars, répartis en Île-de-France, dans des CAO et des gymnases, pour quelques jours, pour quelques semaines, au mieux pour 4 mois pour les demandeurEs d’asile...

Cette opération de « mise à l’abri » selon la novlangue en vigueur, comme les 33 autres précédentes, s'est déroulée avec un partenariat entre la préfecture de police, la mairie de Paris et certaines ONG.
[…] 

Aucun des sanitaires réclamés depuis des mois n'a été mis en place par les services de la ville de Paris, le ramassage des ordures ménagères n'est pas assuré, les distributions d'eau parfois interdites par la police…

« Avec fermeté et humanité » disait Cazeneuve… « Il n'y aura pas d'appel d’air » surenchérissait Collomb il y a une semaine… En d’autres termes, la politique criminelle du gouvernement continue ! Retrouvant un soupçon de lucidité, le nouveau ministre de l'Intérieur a été bien obligé, hier sur CNews, de constater que cette situation était « totalement insoluble ». Lui emboîtant le pas, Anne Hidalgo déclarait hier que « face à l'urgence je plaide pour une loi sur l'accueil des migrants et l'intégration des réfugiés à l'échelle nationale. » 

Comment pourraient-ils rester muets devant la totale inefficacité (de leur point de vue évidemment) de la politique répressive et d'un contrôle renforcé aux frontières qui n'empêche pas des centaines de nouveaux migrantEs d'arriver chaque semaine en France…  Cliquer ici


 NPA 34, NPA